« XBRL, commençons par le début, sans s’enfermer trop tôt dans des choix techniques »

En 2020 entrera en vigueur le reporting électronique harmonisé au niveau européen (ESEF : European Single Electronic Format). Les entreprises qui publient des comptes consolidés en IFRS vont devoir étiqueter (« tag ») leurs états primaires 2020 et tous leurs états financiers à partir de 2022 avec le format iXBRL. La première étape pour les entreprises concerne les directions comptables, qui doivent passer en revue chaque entrée de leurs états primaires afin de les rapprocher des « balises » XBRL de la taxonomie.  

Labrador reviendra régulièrement ces prochaines semaines et ces prochains mois pour apporter son éclairage, son expérience et ses expertises sur cette évolution qui va faire basculer la communication financière dans l’ère digitale et donc impacter différents métiers, à commencer par les relations investisseurs. A suivre !

Entretien avec Thomas Verdin, expert indépendant, administrateur d’XBRL Europe, membre du comité d’experts multi métiers sur l’ESEF pour Labrador

ESEF /XBRL, cela va vite arriver. Quelles sont les priorités ? Par quoi faut-il commencer ?

Par le début et sans précipitation. La réforme en cours ne va commencer à s’appliquer que sur les comptes 2020 et sur les seuls cinq états primaires, pas encore sur les annexes. La première étape porte sur la taxonomie – le « dictionnaire » fourni par l’ESMA. Commençons donc tout d’abord par l’appréhender et mener un travail de rapprochement. 

Les directions comptables doivent passer en revue chaque entrée de leurs états primaires afin de les rapprocher des « balises » XBRL de la taxonomie. Si elles ne trouvent pas de correspondance, il faudra faire des ajouts, des personnalisations. D’autant plus que certaines notions sont encore mal couvertes par la taxonomie publiée, qui a vocation à évoluer chaque année, comme les normes IFRS, mais certainement aussi pour intégrer les pratiques observées, les nouvelles balises les plus utilisées. C’est notamment le cas de l’EBITDA et bien sûr de tous les éléments sectoriels que l’on trouve dans les rapports financiers. 

L’enjeu à ce jour est de se mettre à l’élaboration de son « dictionnaire », avant même de se préoccuper de la rédaction des nouveaux rapports basés sur ce dictionnaire. 

« Un manuel de dépôt élaboré par l’ESMA est attendu pour juillet »

A propos justement des rapports, a-t-on avancé sur les modalités techniques dépôt ? 

Rien n’est encore définitivement fixé, c’est bien pourquoi il ne faut pas s’enfermer dans des choix techniques. Nous devrions néanmoins avoir un peu plus d’informations assez rapidement. Un manuel de dépôt élaboré par l’ESMA est attendu pour juillet. Il y aura des obligations et des recommandations pour la mise en œuvre par les autorités nationales, qui entreront dans la foulée dans la danse. Chaque portail national (l’AMF en France) va développer ses propres circuits, ses propres spécificités pour récupérer les dépôts. 

Autre incertitude, le regard des auditeurs sur les balises qui font partie intégrante des comptes présentés dans ce nouveau format. Les modalités sont encore à écrire. Nous sommes dans l’expectative. Alors, encore une fois, commençons par le début : la taxonomie. Et bien sûr la réflexion constante sur ce que l’on veut communiquer au travers des états financiers, qui ne doit pas être altérée par un changement de format !

« XBRL, c’est l’entrée de la communication financière dans l’ère digitale »

Quel regard portez-vous sur l’arrivée de ce nouveau format, régulièrement présenté comme une nouvelle contrainte pour les entreprises ? 

C’est un formidable bond en avant. Le balisage XBRL des états primaires, c’est bien sûr une charge de mise en conformité, mais ce n’est qu’un aspect de la réglementation ESEF. Derrière, c’est l’entrée de la communication financière dans une nouvelle ère digitale. Nous allons passer du monde papier (PDF) au monde dynamique (web). On le verra dans deux ou trois ans, mais des rapports financiers 100 % digitaux offriront de formidables nouvelles opportunités, avec un affichage et des données financières, mais aussi de tous les autres contenus, bien plus interactifs, qui facilitera grandement l’accès à l’information, à sa plus grande lisibilité et pertinence. 

Propos recueillis par Beñat Caujolle

2019-07-01T13:26:05+02:00juin 27th, 2019|