Une trentenaire à votre Board : pensez- y !

Clara Shih, 33 ans, spécialiste des réseaux sociaux et fondatrice d’Hearsay Social a rejoint le Conseil d’Administration de Starbucks Outre-Atlantique, il y a déjà quatre ans. Une trentenaire au board d’une multinationale ? L’initiative est assez rare pour qu’elle mérite d’être mentionnée. Et pourtant, ce type de profil commence à intéresser certaines entreprises soucieuses de rajeunir et de moderniser leur gouvernance. En France, les mentalités évoluent plus lentement. Certes, les grandes entreprises sont passées à l’offensive pour donner plus de responsabilité aux femmes, mais c’est surtout parce qu’elles n’ont pas eu vraiment le choix.

La loi Copé Zimmermann: accélérateur de la parité

En 4 ans, la part des femmes dans les conseils a plus que doublé. Elles représentent 33,3 % des instances dirigeantes dans les sociétés cotées aujourd’hui contre 14,8 % en 2011 d’après le cabinet Ethics & Boards. Une évolution insufflée en partie par la loi Copé Zimmermann, renforcée par la loi d’août 2014, qui fixe un quota obligatoire de 40% de femmes à horizon 2017 au sein des conseils d’administration des entreprises cotées.

Les femmes souvent
 surdiplômées et à compétence internationale ont donc fait peu à peu leur entrée
dans les salons feutrés des conseils. Mais il reste encore du chemin à parcourir. De nombreuses barrières culturelles freinent l’ascension des femmes notamment les stéréotypes de genre et l’autocensure des candidates pourtant à haut potentiel.

Vers une gouvernance de valeur ajoutée

Au delà de l’impératif moral, il existe pourtant un réel intérêt économique à la féminisation des boards. La mixité des équipes dirigeantes permet le brassage d’opinions et d’expériences diversifiées. La gestion de la différence des points de vue qu’impose la diversité permet de limiter le conformisme dans les décisions et de renforcer l’intelligence collective du groupe.

Ce modèle est d’ailleurs plébiscité par certaines sociétés de gestion qui s’attachent à faire le lien entre féminisation des entreprises et performance financière. Morgan Stanley Wealth Management aux Etats-Unis a créé en 2013 le Parity Portfolio Strategy qui investit dans les entreprises dont le Conseil compte au minimum trois femmes. Barclays a lancé en 2014 un indice composé d’entreprises américaines dont les instances de gouvernance sont fortement féminisées : The Barclays Women in Leadership Total Return Index. « Le rôle de la gouvernance est d’apporter de la compétitivité à l’entreprise » rappelait récemment Agnès Touraine, Présidente de l’IFA lors d’un colloque traitant de la Parité dans la gouvernance (Parité dans la gouvernance/Regards Croisés/ Fédération des Femmes Administrateurs).

Alors que la mondialisation et le digital bouleversent profondément le business model des entreprises, que les défis posés aux administrateurs sont de plus en plus complexes, la gouvernance comportementale devient aussi stratégique que la gouvernance normative. La complémentarité des profils, la diversité des parcours et des expériences est un enjeu clé pour « aligner » la gouvernance sur le projet stratégique de l’entreprise.

Les émetteurs commencent à comprendre l’intérêt de s’ouvrir à des profils certes, féminins mais aussi plus jeunes, plus internationaux, dotés de compétences et d’expertises spécifiques. Cette ouverture encore timide des conseils est également un signe fort pour montrer aux salariés que la différence est source de richesse et de performance dans toutes les strates de l’entreprise.

Sandrine L’Herminier

Directrice du Pôle RSE – Labrador Conseil

2015-12-03T07:56:05+02:00