« Les analystes et gérants privilégient les données ESG produites par les émetteurs » 

Jeudi 07 novembre 2019

Les publications reprenant les données extra-financières des entreprises sont sans cesse plus nombreuses. Les analystes et gérants recherchent la cohérence entre les différents supports, en attendant l’émergence d’un socle commun d’indicateurs qui faciliterait la comparabilité et la prospective. 

Trois questions à Corinne Baudoin, présidente de la Commission Analyse extra-financière de la SFAF

Les entreprises cotées doivent publier dans leur rapport financier annuel et / ou en annexe de celui-ci de nombreux supports sur des thèmes extra-financiers. Comment font aujourd’hui les analystes et gérants pour s’y retrouver ? 

URD, DPEF et sa galaxie, Rapport intégré, Rapport RSE, sites internet, … les documents et supports produits par les émetteurs sont variés et nombreux. Voici pour l’offre. Côté demande, une majorité d’analystes et gérants disent utiliser systématiquement les informations extra-financières. 51% très exactement du panel du dernier Baromètre de la SFAF publié le mois dernier. Ce type d’information n’est donc plus exclusivement l’affaire de spécialistes. Bien au contraire, il y a bien eu ces dernières années une appropriation croissante de ces données extra-financières, considérées comme indissociables de la performance long-terme de l’entreprise. Parmi les sources d’informations, analystes et gérants privilégient les données produites par les émetteurs (81% des répondants du Baromètre). Le Rapport intégré est alors le premier cité (76%), avant même la DPEF (69%, mais elle est plus récente) et devant le rating des agences de notation extra-financières (45%). 

Et pourtant la qualité des données laisse encore à désirer… 

Parmi les freins à l’analyse des données extra-financières figure en bonne place la qualité. Investisseurs et gérants appellent de leurs vœux des données fiables, comparables et auditées. Mais au-delà des ratios et autres indicateurs, analystes et gérants attendent avant tout des émetteurs un discours accessible et cohérent en la matière dans les différents supports. Prenons l’exemple d’une entreprise qui voit ses métiers se transformer sous la pression de la transformation numérique. Elle ne peut le faire qu’avec ses salariés et en s’assurant d’un bon climat social. La communauté financière qui s’intéresse à cette entreprise doit retrouver de l’information sur l’accompagnement des salariés, la formation, les recrutements, dans le Rapport intégré, les risques et la DPEF.    

Une harmonisation des différentes publications serait-elle possible ? 

On pourrait déjà réfléchir à une normalisation d’un socle commun d’indicateurs ESG pour les entreprises. Il faudra bien entendu prévoir de la flexibilité afin de pouvoir prendre en compte les spécificités des métiers et industries, mais on pourrait quand même s’entendre au niveau européen sur la façon de calculer un taux de turn-over ou d’absentéisme ! Ce socle permettrait aux analystes et gérants de s’y retrouver plus facilement et aux émetteurs de mieux appréhender ce sur quoi ils sont attendus et être ainsi en mesure de délivrer des messages clairs, courts, percutants, prospectifs et comparables dans le temps.

Lire aussi : « Les critères ESG basculent au coeur de l’analyse des gérants »

Propos recueillis par Beñat Caujolle

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