« ESEF, un outil non, un expert-comptable oui ! »

Jeudi 30 janvier 2020

Entretien avec Philippe Kubisa, Associé, PWC France

Le reporting électronique harmonisé au niveau européen (ESEF : European Single Electronic Format) entrera en vigueur en 2020. Les premiers RFA au format XHTML / iXBRL seront déposés en 2021, pour les comptes 2020. Le « tagging » ou l’étiquetage des états financiers consolidés ne concerne que les 5 états primaires : bilan, compte de résultat, tableau de passage des capitaux propres, état du résultat global et tableau de flux de trésorerie.

Le premier travail est comptable : c’est le mapping de la taxonomie ESEF, avec la problématique d’ancrage ou de « tagging ».

Les entreprises que vous rencontrez sont-elles prêtes ? Que doivent faire les entreprises pour se préparer au mieux et quels sont les pièges à éviter ?

Philippe Kubisa : Les entreprises les plus prévoyantes se sont intéressées au sujet dans la deuxième moitié de 2019. La période actuelle est plus calme sur ce sujet car nous sommes en pleine clôture des comptes annuels et beaucoup d’entre elles avaient à traiter la norme IFRS 16.

Le sujet ESEF va toutefois revenir très vite. Et là, nous allons répéter qu’il est urgent de ne pas se précipiter ! Il s’agit avant tout de bien comprendre le texte, en s’appuyant sur les Guides pratiques de l’ESMA régulièrement mis à jour, d’identifier ses besoins et de ne pas s’équiper d’ores et déjà d’outils dont la plupart ne sont pas complètement au point. Le premier travail est comptable : c’est le mapping de la taxonomie ESEF, avec la problématique d’ancrage ou de « tagging ».

Lire aussi : « XBRL, commençons par le début, sans s’enfermer trop tôt dans des choix techniques » »

Le passage d’un expert-comptable permet de diviser par deux le nombre d’extensions.

Les premiers émetteurs avec lesquels nous avons travaillé se débrouillaient très bien tout seuls. Leurs travaux les amenaient à une vingtaine ou une trentaine d’extensions. Le passage d’un expert-comptable permet de ramener le nombre d’extensions à dix ou quinze car celui-ci bénéficie d’une courbe d’apprentissage, ce qui n’est pas le cas des émetteurs, ceux-ci ne faisant l’exercice qu’une seule fois. N’oublions pas que le choix se fait parmi 7 000 lignes de la représentation taxonomique, même s’il n’y a réellement que 1 136 concepts pouvant servir à étiqueter les lignes des états financiers primaires* ! L’objectif est bien de limiter le nombre d’extensions, pour faciliter la comparabilité et … limiter les travaux de traduction. À noter que ce mapping de la taxonomie ESEF représente en moyenne de 150 à 200 lignes à traiter, soit 3 ou 4 jours de travail ; cette estimation dépend très fortement du format des états financiers.

Le « mapping » de l’ANC va simplifier la vie des émetteurs.

L’autorité des normes comptables (ANC) vient de réaliser un exercice complet de mapping de la taxonomie ESEF. Que pensez-vous de cette initiative ?

Philippe Kubisa : Que du bien. Nous attendons les résultats de ces travaux. C’est une question de jours maintenant. Il va s’agir d’une recommandation sur la taxonomie et cela va aider les émetteurs, leur simplifier la vie. Cette initiative va du même coup encourager les pratiques de place. Elle va dans le même sens que des premières initiatives prises par certains secteurs (immobilier, banque…). Tout comme les normes IFRS, la taxonomie ESEF n’ayant aucune approche sectorielle, différents acteurs réfléchissent à faire converger leurs taxonomies. Une extension sectorielle demeurera bien une extension de l’entreprise, mais il pourrait y avoir une certaine cohérence sectorielle dans la manière de la traiter.

Lire aussi : « La taxonomie ESEF doit combler l’écart entre ratios comptables et financiers »

Comment voyez-vous évoluer le rôle des commissaires aux comptes et auditeurs dans le cadre de l’ESEF ?

Philippe Kubisa : Les textes européens sur l’ESEF prévoient des interventions des commissaires aux comptes. Il y a actuellement des discussions sur le format et la forme de ces interventions. Sur le format tout d’abord. Est-ce que les travaux des commissaires aux comptes seront couverts par l’opinion d’audit classique, feront-ils l’objet d’un rapport spécifique ou encore seront-ils mentionnés dans un paragraphe dans la lettre de fin de travaux ? Sur la forme, les questions sont aussi nombreuses. Les travaux des commissaires aux comptes se feront-ils sur l’ESEF par sondage, ou de manière exhaustive ? Comment traiter la matérialité de l’erreur ? Les discussions vont bon train.

Beñat Caujolle

* Dernière mise à jour : 03/02/2020 12h12.

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