DPEF*, il reste du travail !

Un bilan mitigé : c’est un peu le constat de l’appropriation par les émetteurs de la nouvelle réglementation européenne appliquée à l’information extra-financière. Le traitement de l’information contenue dans les Documents de référence (DDR) est de qualité inégale et surtout très dispersée comme le montre l’étude réalisée ce mois-ci par le pôle Conseil de Labrador.

Une approche du reporting extra-financier par les risques, la présentation du Modèle d’affaires, des informations complémentaires à publier parmi lesquelles : évasion fiscale, éthique et droits de l’homme, gaspillage alimentaire… certes l’équation imposée par cette nouvelle réglementation n’avait rien de simple. Mais le bilan de cette première édition ne correspond pas tout à fait aux objectifs attendus par le régulateur. Revue de détail.

Concision : c’était l’un des objectifs prioritaires de la DPEF. Hélas, les chapitres sont toujours aussi denses. 54 pages en moyenne soit 5 pages de plus que l’exercice précédent. Les émetteurs n’ont pas fait le travail attendu de pertinence et de rationalisation de l’information.

Comparabilité : défi pas vraiment tenu. En tout cas sur la structure et l’articulation des contenus. Près de 30 % des émetteurs ont choisi de disperser les informations (notamment sur les risques extra-financiers ou le Modèle d’affaires) dans l’ensemble du Document de référence. Un parti pris qui ne va pas faciliter le travail des analystes et investisseurs.

Transparence : quand il s’agit d’évoquer les sections Droits de l’homme, lutte contre la corruption ou l’évasion fiscale qui figuraient au menu des attendus règlementaires, l’information est encore minimaliste. Les émetteurs sont plutôt frileux quand il s’agit de disserter sur ces sujets jugés sensibles. Résultat, des contenus pour le moins épurés : lutte contre la corruption (1,2 page en moyenne) ; évasion fiscale (1 page en moyenne) ; droits de l’homme (2 pages) selon l’étude.

Lisibilité et accessibilité : si on peut saluer l’augmentation des graphiques ou infographies dans cette édition (+21 %), en revanche seulement 25 % des émetteurs utilisent des pictos pédagogiques pour permettre au lecteur de repérer rapidement les informations DPEF. Et plus ennuyeux : seulement 52 % des documents présentent une table de concordance pourtant bien utile pour faciliter la recherche d’information.

Création de valeur pour la société : un bon point : 76 % des émetteurs présentent des KPIs sur la création de valeur notamment dans la présentation de leur Modèle d’affaires. Un axe de progrès : le traitement des ODD est encore trop déclaratif. Seulement 43 % des émetteurs s’engagent par exemple sur des résultats précis.

Le challenge pour les entreprises sera donc de poursuivre leur réflexion et de lever les freins culturels en interne afin d’améliorer la pertinence des contenus et l’accessibilité de l’information.
Pédagogie, sélection des informations pertinentes, éléments de preuve par des indicateurs clés de performance seront toujours au programme du Document de référence / URD 2019.

Sandrine L’Herminier, Experte RSE, Pôle Conseil de Labrador

*DPEF = Déclaration de Performance Extra-Financière

2019-05-23T12:21:54+02:00