Comment la Covid a modifié les pratiques des analystes et investisseurs

Jeudi 03/09/2020

Mené cet été auprès de ses 1.364 membres, le sondage de la SFAF * montre que les grilles d’analyses ont été revues. Des nouveaux risques, à commencer par la chaîne d’approvisionnement, ont été intégrés notamment sur la partie stratégie. Les aspects sociaux et sociétaux sont passés au crible, devant les critères purement environnementaux un peu mis de côté.

Entretien avec Corinne Baudoin, vice-présidente de la commission analyse extra-financière de la SFAF.

La Covid a-t-il modifié les pratiques des analystes et investisseurs ? 

Clairement oui, pour 75% des répondants. Et encore, une grande partie des 25% qui ont assuré que la Covid n’avait rien changé à leur grille d’analyse semble en fait déjà suivre de près les sujets devenus bien plus sensibles avec la Covid. On l’a très bien vu dans leurs différentes réponses. Quelques 52 % des analystes et gérants interrogés ont intégré de nouveaux risques et se focalisent sur la sortie de crise des entreprises. 

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Quels sont les points d’analyses devenus plus sensibles ? 

En tête, les aspects sociaux et sociétaux. 58% des répondants disent approfondir les problématiques de chaîne d’approvisionnement et analyser l’adaptation et l’impact de la crise sur l’organisation du travail. Au lendemain de la crise de 2008, les entreprises ont affiné leur modèle et optimisé leur organisation. Elles ont développé la sous-traitance, encouragé la délocalisation pour réaliser des économies substantielles, mais aussi pour conquérir de nouveaux marchés. La marge des entreprises avait atteint des plus hauts. Nous  atteignons aujourd’hui la limite de l’exercice. La dépendance apparaît comme une nouvelle fragilité. 

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Qu’est-ce que cela va changer pour les critères ESG ? 

Les rapports avec les sous-traitants et fournisseurs pourraient avoir un lourd impact sur la vie des entreprises, tout comme l’organisation du travail. Le Devoir de vigilance (respect des droits de l’homme et de l’environnement) dans le choix des sous-traitants, sujet très français, sera à suivre de près à l’heure où de nombreuses entreprises ont brutalement coupé leurs commandes en laissant parfois des impayés. 

Enfin, si 59% des analystes et gérants interrogés disent scruter l’évolution des objectifs et plans d’action environnementaux, les critères environnementaux apparaissent, semble-t-il, moins spécifiques à la crise actuelle. L’économie circulaire, par exemple, est peu citée. Les répondants se focalisent davantage sur les questions de chaines d’approvisionnement, sous-traitance, externalisation, organisation du travail. Une grille de lecture différente qui met en lumière de nouvelles fragilités et autant d’opportunités. 

 Beñat Caujolle

*SFAF : Société Française des Analystes Financiers

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2020-09-03T15:18:07+02:00septembre 3rd, 2020|