Climat, les entreprises seront-elles plus responsables que les Etats ?

Contrainte réglementaire oblige, les entreprises françaises se distinguent en Europe sur la prise en compte du risque climat. Elles s’efforcent de répondre à un nombre croissant de sollicitations en matière ESG de la part des investisseurs et gérants. Une thématique forte qui requiert désormais une plus grande harmonisation des demandes.

La COP 24 à Katowice en Pologne a accouché d’un accord a minima, sauvant avec peine l’Accord de Paris signé trois ans plus tôt. C’est dans ce contexte peu engageant, que la dernière étude du Climate Disclosure Standard Board (CDSB) et du Carbon Disclosure Project montre que les entreprises n’ont pas suffisamment pris en compte les risques liés au changement climatique.

Cette étude a passé au crible les rapports annuels des 80 plus grosses entreprises cotées européennes. Ainsi, 44% des entreprises expliquent dans ces supports comment leur business model est affecté par les changements climatiques ou tout du moins par les problématiques environnementales. C’est peu. D’autant que si près de 80% des entreprises identifient au moins un risque environnemental ou climatique, elles sont tout aussi nombreuses à ne pas mentionner de stratégie spécifique mise en place pour l’anticiper.

Toutefois, fait notable, les entreprises françaises, soumises à l’une des règlementations les plus poussées en la matière (l’article 173 de la loi sur la transition énergétique) sont les bons élèves de la classe, avec les britanniques. Ainsi toutes les entreprises françaises communiquent au moins le niveau actuel de leurs émissions de gaz à effet de serre, contre 81% pour les sociétés européennes et 56% pour les entreprises allemandes.

Asymétrie entre investisseurs et émetteurs

Cela tombe bien, car le gouvernement devra au 31 décembre prochain faire le premier bilan de cet article 173, entré en application voici trois ans déjà. L’occasion pour un grand nombre de professionnels d’appeler à une harmonisation, une standardisation des pratiques en matière de reporting. Un reporting climat, clair, transparent, accessible à tous.

En attendant, la récente étude conduite par la société de conseil Indefi pour Egamo, la société de gestion de la MGEN, montre qu’il existe « une asymétrie marquée entre les investisseurs persuadés d’être très engagés et les émetteurs qui perçoivent souvent les sollicitations comme de simples discussions ». Menée auprès de 23 émetteurs large et mid caps de la place financière de Paris, cette étude confirme que le nombre de sollicitations sur les sujets ESG n’a de cesse d’augmenter. Les émetteurs insistent sur un véritable « changement de mentalité » des investisseurs qui s’intéressent davantage à la gestion du risque extra-financier. Ce qui implique des demandes toujours plus complexes et des interventions toujours plus nombreuses des responsables développement durable et RSE des entreprises.

Les émetteurs ne sont plus seulement interrogés sur ces sujets par les experts de l’ESG et du climat, mais bien par les analystes et gérants traditionnels (billet du blog Labrador du 22 novembre 2018 sur le baromètre de la Sfaf). Mais ces échanges passent le plus souvent par des questionnaires trop génériques, qui ne prennent pas, par exemple, la spécificité de telle ou telle entreprise, de tel ou tel secteur. « L’action des sociétés de gestion des institutionnels sur les sujets ESG ne constitue pas l’élément déclencheur de la pro-activité des entreprises sur les sujets extra-financiers », note l’étude, pour qui « cet élément vient toutefois compléter l’action exercée par les ONG, les consommateurs et les salariés des entreprises pour les pousser à évoluer vers des pratiques plus vertueuses ».

Beñat Caujolle

2019-04-20T14:32:20+02:00